Henri Devier, Melkior / La Gare Mondiale

Henri Devier, Melkior / La Gare Mondiale

7 dรฉcembre 2020 Et maintenant c'est quoi le plan ? 0
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Alors oui, je suis directeur artistique. ร‡a veut dire que j’ai une voix prรฉpondรฉrante sur les choix artistiques de la structure, comme par exemple le choix des compagnies qui viennent travailler au sein de la Gare mondiale qui est un lieu de fabrication artistique, c’est-ร -dire un lieu de rรฉsidence oรน les personnes viennent crรฉer leur spectacle, que ce soit du cirque, du nouveau cirque, de la chorรฉgraphie, du thรฉรขtre contemporain, etc. On accueille ainsi une dizaine de compagnies tous les ans. J’ai aussi un rรดle dans l’รฉlaboration du programme de TrafiK, le festival que nous faisons maintenant annuellement, au mois de novembre.
 
ร‡a et tout le reste se fait quand mรชme en collaboration รฉtroite avec Marine Chaugier, qui s’occupe plus particuliรจrement de la question des publics, mais dont le rรดle va au-delร . Donc on co-organise tout รงa et une fois que les choix sont faits, je passe la main. L’organisation, ce n’est pas moi qui m’en occupe. Enfin, j’ai aussi une action sur les quartiers autour de la question du rรฉcit. Parce que nous essayons d’inventer un autre rapport en rรฉflรฉchissant ร  comment faire se rencontrer l’artistique et le social dans les quartiers prioritaires. On mรจne une expรฉrience depuis 2002, mais lร  nous commenรงons juste ร  comprendre comment cela peut marcher. Il faut du temps.
Mais, ร  cรดtรฉ de รงa, j’ai aussi un projet artistique personnel qui s’appelle Wilden Monument et qui tourne autour d’une petite cabane vide, cabane qui est lร  pour construire des rรฉcits. On est quand mรชme lร , sur notre ligne de force, qui est de voir comment on constitue de nouveaux rรฉcits, comment on raconte de nouvelles histoires.
 
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ร‡a c’est un peu le truc le plus intรฉressant. Comment on essaie, nous, structure, de se positionner par rapport ร  des รฉvรฉnements comme รงa, inattendus, comme une pandรฉmie qui dรฉboule.Ce dont on se rend compte quand mรชme, c’est que cette pandรฉmie, outre la question du risque sanitaire, enlรจve la possibilitรฉ de dรฉcision ร  l’ensemble des acteurs sociaux, รฉconomiques, citoyens. C’est une reprise en main รฉtatique. Aprรจs on peut en penser du bien ou en penser du mal, mais en tous les cas, c’est une reprise en main, avec un rรดle prรฉpondรฉrant, ร  la fois de l’รฉtat, des prรฉfets et des รฉlus locaux.
 
Et donc lorsque la pandรฉmie arrive avec l’interdiction de faire, d’occuper les salles de spectacle, etc., on s’assoit et on se demande : โ€œMais oรน est la faille ?ย ยป Et pas parce quโ€™on est contre, mais juste pour essayer de questionner la logique, รฉtatique par exemple. Lร , ils laissent les lycรฉes ouverts, les รฉcoles primaires et les collรจges aussi et donc on se dit : ยซย Bon sang, mais c’est bien sรปr, elle est lร  la faille ! ยซย 
Et donc, nous contactons assez rapidement l’ensemble du rรฉseau des professeurs, avec qui nous avons maintenant l’habitude de travailler, c’est un travail de longue haleine, et nous testons auprรจs d’eux cette idรฉe ยซย Et si on venait faire le festival Trafik au sein de votre รฉtablissement, qu’est-ce que vous en diriez ?ย ยป
 
Il y a un enthousiasme qui sโ€™exprime et aussi, il y a quelque chose d’assez extraordinaire : c’est quโ€™eux, prennent en charge la nรฉgociation ร  l’intรฉrieur des รฉtablissements, avec le proviseur, le directeur, etc. Et donc รงa, รงa nous facilite le travail, on a plus qu’ร  essayer de voir comment rรฉadapter les spectacles puisqu’on quitte les boรฎtes noires des lieux de reprรฉsentation pour entrer dans des lieux qui ne sont pas faits pour, des gymnases, des dojos, des salles de cantine, des foyers municipaux. Et du coup on a une problรฉmatique qui devient ยซ comment rรฉadapter techniquement la chose ยป.
 
Dans un premier temps on sโ€™est tournรฉ vers le Centre Culturel pour voir si l’on pourrait, puisqu’ils sont fermรฉs, bรฉnรฉficier de l’รฉquipe technique. La rรฉponse des รฉlus est nรฉgative. Donc, lร  aussi c’est une dรฉcision. ร€ partir de lร  on se retourne vers un autre organisme qui est l’Agence Culturelle de Dordogne Pรฉrigord ร  qui on explique ce que l’on a envie de faire. Nous sommes d’accord sur le fond et eux nous dรฉlivrent ร  la fois du matรฉriel et une รฉquipe technique qui vient nous soutenir. Voilร .
 
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Deux choses : si on me le proposait, j’essaierais d’aller questionner le mรฉdium. C’est-ร -dire ยซย C’est quoi cette histoire de zoom ? C’est quoi cette histoire de streaming ?ย ยป La rรฉponse que je peux donner, clairement, c’est que nous ne ferions pas une captation, รงa, c’est sรปr. Parce que c’est dรฉjร  mettre le pied dans un endroit extrรชmement dangereux d’enlever au spectacle vivant sa derniรจre force, vu que les formes ont รฉtรฉ rรฉinventรฉes et que mรชme l’audiovisuel s’en est saisi… la seule force qui reste pour le spectacle vivant, comme pour les concerts c’est ce contact direct avec le public.
 
ร‡a, je sais que c’est essentiel, et que si on commence ร  entrer dans cette illusion qui consiste ร  dire que les plateformes suffisent, et bien on se trompe. Il faut รชtre un gros praticien de concerts comme je le suis, pas parce que j’en fais beaucoup, mais parce que c’est vital pour moi. Si je ne danse pas, si je ne me dรฉfoule pas, si je ne me dรฉfonce pas, il me manque quelque chose dโ€™hyper important dans ma vie. Et donc lร , avec le streaming je ne peux pas me dรฉfoncer devant la tรฉlรฉ c’est sรปr ! J’ai essayรฉ, il faut boire beaucoup et mรชme avec de l’alcool รงa ne marche pas …
 
Aprรจs, quโ€™on essaie de se dire, sur ces pรฉriodes-lร , oรน il y a une tension trรจs forte oรน l’on ne peut pas faire des concerts : ยซย qu’est-ce qu’on peut inventer ?ย ยป Comme si on soufflait sur le feu pour ne pas qu’il s’รฉteigne, il y a sรปrement plein de solutions … Moi on ne me l’a pas proposรฉ, donc je ne l’ai pas fait, mais sรปrement qu’en y rรฉflรฉchissant un peu on doit pouvoir inventer des dispositifs. Dans tous les cas la rรฉponse est claire :ย ยป Non, pas de streaming comme simple reproduction d’une crรฉation faite pour รชtre donnรฉe en publicย ยป
 
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Alors dรฉjร , et je ne parle que de mon expรฉrience, il y a quelque chose qui est quand mรชme indรฉpassable : c’est que nous ne pouvons plus รชtre en contact. On ne peut pas ouvrir nos lieux. Ils sont sous scellรฉs. Mais comment fait-on ? Nous qui sommes quand mรชme dans ce qui se dรฉfinit comme opรฉrateur culturel, qu’est-ce qu’on peut faire dans cette pรฉriode ? Quel espace de libertรฉ peut-on reconquรฉrir pour essayer de repenser justement nos rapports avec le public, les spectateurs ? Comment engage-t-on des choses diffรฉrentes ? Parce qu’on voit que la pandรฉmie est un signal. Cโ€™est un phรฉnomรจne qui va se reproduire d’une maniรจre ou d’une autre. On sait qu’on va rentrer dans des pรฉriodes un peu houleuses.
 
Et donc, nous avons pris l’initiative de rรฉflรฉchir avec trois autres lieux : le festival de Villerรฉal, La Maison Forte (ร  Monbalen ร  cรดtรฉ d’Agen) et le Melkior Thรฉรขtre, et avec une compagnie artistique qui s’appelle la Propagande Asiatique avec qui on travaille beaucoup en ce moment, sur l’idรฉe de rรฉinventer quelque chose qui ne serait pas un spectacle, qui ne serait pas une dรฉ-crรฉation comme on a pu le faire, mais autre chose. On est en train d’inventer une marche zapatiste. Et l’idรฉe est de voir comment cette marche zapatiste repense toutes les notions de spectateurs et comment elle travaille ร  la dรฉrรฉalisation du spectateur pour entrer dans une autre relation, de village en village avec les gens. Est-ce qu’on rentre chez eux ? Mais si tu rentres chez quelqu’un est-ce qu’il est spectateur ? Non, il est hospitalier, invitant. Et ce sont toutes ces questions-lร  qu’il faut qu’on arrive ร  creuser.
 
Il y a quelqu’un qui s’appelle Jochen Gerz un plasticien qui je crois ร  Biron, a refait un monument aux morts pour le transformer en monument aux vivants. Je dis รงa parce que dans une interview il dit ยซย En dรฉmocratie le mot spectateur est un vrai scandaleย ยป. ร‡a, c’est une phrase qui m’intรฉresse vraiment. Dire aussi comment on retrouve une autre relation au sein de l’expรฉrience artistique qui ne soit pas une dichotomie entre ยซย je suis crรฉateur et toi tu regardes ce que j’ai crรฉรฉย ยป. Comment on co-construit quelque chose ensemble, en respectant nos statuts diffรฉrents, en les questionnant, en les travaillant. Donc, en fรฉvrier on fait une marche zapatiste de 100 km. On va s’arrรชter dans les villages, sans rien prรฉparer en avance, sans rien proposer, en y travaillant, en essayant de rentrer chez les gens, en essayant d’inventer des dispositifs.
 
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Moi je pense que c’est une formule. C’est ร  dire que ce qui est intรฉressant c’est ร  quel point on a au dรฉbut de la pandรฉmie, insistรฉ sur le fait que la culture est une chose indispensable et que lร  finalement, on se rend compte que tout le monde s’en passe bien, que l’activitรฉ des centres culturels s’arrรชte sans que cela ne pose problรจme …
Pour moi รงa pose plutรดt la question de la crise de la culture. Parce que ce que rรฉvรจle la pandรฉmie, c’est qu’il y a une vรฉritable crise de la culture aujourd’hui. Il y a beaucoup de gens qui de toute faรงon ont dรฉjร  zappรฉ de leur dialogue, de leur tรชte, de leur rรฉflexion et de leur nombril, de leurs dรฉsirs et de leur รฉrotisme, la question de la culture. Donc dรฉjร  il y a un tabou qui est levรฉ. Avant il y avait la gauche, qui avait encore un peu d’intรฉrรชt pour cette question-lร . Aujourd’hui il n’y a plus personne au niveau politique qui s’y intรฉresse, sauf pour faire de grandes dรฉclarations de principe que personne ne respecte.
 
Je le dis parce que c’est vrai. Et donc, nous on doit rรฉinterroger cette crise de la culture. Parce que pour moi, cette pandรฉmie est intรฉressante parce quโ€™elle est rรฉvรฉlatrice de quelque chose que je sens, dont la prise de conscience date de 2014, que quelque chose ne va plus, que les choses se sont nรฉcrosรฉes. Que l’on a plein de structures qui se sont dรฉveloppรฉes et qui ne travaillent qu’ร  leur propre conservation, et que รงa c’est un problรจme, et nous pouvons en faire partie. C’est pour รงa que je le mets en question tout de suite : pourquoi La Gare mondiale ? Alimentation Gรฉnรฉrale ? Quelle est cette structure ? Qu’est-ce qu’il en reste ? Quand est-ce qu’elle est nรฉe ? Oรน elle en est aujourd’hui ? Comment doit-elle รฉvoluer ? C’est hyper important parce que la crise est rรฉelle.
 
On pousse d’ailleurs cette rรฉflexion ร  plusieurs avec l’Odyssรฉe (Nathalie Elain), un clown (Cรฉdric Paga), un auteur /acteur /metteur en scรจne (Julien Villa), un tiers lieu (le Cafรฉlib de Bourrou) et aussi mon projet de cabane… Tout รงa cherche une nouvelle dรฉfinition de ce qu’est lโ€™art et voir ร  travers la notion de conflit, de positions asymรฉtriques comment crรฉer du commun.
Je suis en train de lire un truc, John Dewey qui est un penseur pragmatique, philosophe amรฉricain, qui a รฉcrit un livre qui s’appelle L’expรฉrience artistique, et dans lequel il dit quelque chose d’extrรชmement intรฉressant. Il dit quโ€™on fait croire que la culture par exemple, c’est d’arriver au moment oรน le tableau est exposรฉ. Or l’expรฉrience artistique est en amont de รงa. Et il y a quelque chose d’autre ร  inventer dans le processus qui amรจne au tableau. Le tableau, parce quโ€™il a une valeur marchande, c’est lui qui est valorisรฉ dans le systรจme du grand processus artistique. Et c’est pareil pour beaucoup de choses. On valorise le rรฉsultat final parce qu’on est capable d’en faire un produit. Ce qui est mis en cause aujourd’hui dans cette crise fondamentale est crucial : est-ce que la culture, ou l’art est lร  pour fabriquer des produits ? Oรน est-ce qu’il est lร  pour autre chose ?
 
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C’est important. C’est une bonne question. Parce quโ€™ร  force de dire โ€œaprรจsโ€ on sait dรฉjร , si on le positionne comme รงa, que รงa va รชtre comme avant. On voit dรฉjร  comment รงa se rรฉorganise. Je fais beaucoup de visioconfรฉrences avec d’autres opรฉrateurs culturels et c’est ร  mourir de rire.
Tout ce qui se projette lร , c’est ยซย comme d’habitudeย ยป. Il n’y a rien de nouveau ! Ni ร  l’ouest, ni ร  l’est, ni au nord, ni au sud. Moi je le dis ยซย on est dedans, รงa y est, c’est faitย ยป c’est comme toute la question de l’รฉcologie, de savoir si on va รชtre capable. Mais non les gars, on est dedans. On est dรฉjร  dans cette pรฉriode oรน les pandรฉmies vont se dรฉvelopper, oรน l’eau va manquer. Elle manque dรฉjร , pas chez nous, mais ailleurs.
La question est de savoir comment on se rรฉapproprie cette chose qu’on a laissรฉe entre les mains des autres, comment on calcule notre rapport au monde et au vivant. Et toutes ces questions, elles sont interconnectรฉes. Cโ€™est pour รงa que j’ai du mal aujourd’hui ร  sรฉparer la question artistique et culturelle de la question plus gรฉnรฉrale de notre position au monde. Comment on occupe ce territoire ? C’est quoi les citoyens d’une mairie ? D’une communautรฉ d’agglomรฉration ? Quelle marge de manล“uvre avons-nous ? Quel est notre degrรฉ de libertรฉ ? Quel est notre niveau de soumission ? Quel traitรฉ de servitude volontaire est-on en train dโ€™รฉcrire ? C’est รงa le truc pour moi, voilร .
 
๐‘ช๐’๐’Ž๐’Ž๐’† ๐’‘๐’“๐’๐’๐’๐’๐’ˆ๐’†๐’Ž๐’†๐’๐’• ๐’‚ฬ€ ๐’„๐’†๐’• ๐’†๐’๐’•๐’“๐’†๐’•๐’Š๐’†๐’, ๐‘ฏ๐’†๐’๐’“i ๐‘ซ๐’†๐’—๐’Š๐’†๐’“ ๐’‚ฬ€ ๐’•๐’†๐’๐’– ๐’‚ฬ€ ๐’๐’๐’–๐’” ๐’๐’Š๐’—๐’“๐’†๐’“ ๐’–๐’ ๐’‘๐’†๐’•๐’Š๐’• ๐’•๐’†๐’™๐’•๐’† ๐’†ฬ๐’„๐’“๐’Š๐’• ๐’‘๐’‚๐’“ ๐‘พ๐’Š๐’๐’…๐’†๐’, ๐’”๐’๐’ ๐’‚๐’—๐’‚๐’•๐’‚๐’“, ๐’‚ฬ€ ๐’’๐’‚๐’๐’๐’๐’๐’„๐’† ๐’…๐’– ๐’…๐’†๐’–๐’™๐’Š๐’†ฬ€๐’Ž๐’† ๐’„๐’๐’๐’‡๐’Š๐’๐’†๐’Ž๐’†๐’๐’•. ๐‘ช’๐’†๐’”๐’• ๐’‚๐’—๐’†๐’„ ๐’‘๐’๐’‚๐’Š๐’”๐’Š๐’“ ๐’’๐’–๐’† ๐’๐’๐’–๐’” ๐’๐’† ๐’‘๐’–๐’ƒ๐’๐’Š๐’๐’๐’” ๐’Š๐’„๐’Š, ๐’‚ฬ€ ๐’๐’‚ ๐’”๐’–๐’Š๐’•๐’† ๐’…๐’† ๐’„๐’†๐’•๐’•๐’† ๐’Š๐’๐’•๐’†๐’“๐’—๐’Š๐’†๐’˜
 
Nous nous dรฉferons de la tyrannie du prรฉsent
Et passerons ร  travers les gouttes de pluie
Qui depuis longtemps ont fait dรฉborder le vase
Cette situation, la nรดtre, nous est imposรฉe de lโ€™extรฉrieur.
Covid 19, mesures gouvernementales, couvre-feu
Et autres paniques pandรฉmiquesโ€ฆ
Nous ouvrons, nous fermons, nous hibernons, nous repartons
Au grรฉ des impulsions que nous recevons.
Le signal nโ€™est que la forme รฉlaborรฉe dโ€™un stimulus pavlovien
Auquel nous rรฉpondons ร  la vitesse-rรฉflexe de lโ€™รฉclair.
La servitude nโ€™y est plus volontaire mais planรฉtaire
Nous comblons le vide des espaces qui nous sont octroyรฉs/retirรฉs.
Nous ne parlons quโ€™ร  travers des sujets imposรฉs, piรฉgรฉs, รฉtriquรฉs.
Sans horizon nous prenons le risque
Dโ€™une mise en quarantaine ร  perpรฉtuitรฉ.
Alors que faire ?
Habiter le trouble, bifurquer, รฉlaborer une stratรฉgie inรฉdite
Et nous mettre en marche
Sans mรชme en mesurer les consรฉquences
Cโ€™est-ร -dire joyeusement, abruptement.
Cโ€™est ainsi que le rรฉcit รฉlabore sa forme,
Celle dโ€™un manifeste incomplet
Qui cherche son mode dโ€™รฉcriture, sa temporalitรฉ
Et cette communautรฉ quโ€™il souhaite constituer.
Il est une invitation ร  se ressaisir
De ce qui fait encore chez nous
Humanimalitรฉ.
De son Empty Shack et sous un ciel รฉlectrique
Wilden รฉcrit ces quelques lignes
A lโ€™adresse encore incertaine.